|
Développement & évolution
Au fur et à mesure de leur croissance, l’évacuation des eaux usées pose des difficultés techniques et surtout matérielles de plus en plus aiguës aux villes. Il faut attendre la fin du XIXe siècle pour qu’une politique volontariste de construction d’infrastructures s’impose. L’idée des traitements des eaux usées est plus longue encore à se mettre en place.
EN GÉNÉRAL
L’évacuation des eaux usées est une question qui préoccupe les villes depuis leur origine. À cet égard, les grandes civilisations de l’Antiquité connaissaient déjà des systèmes d’évacuation très perfectionnés. On citera le modèle Romain de la Cloaca Maxima, construit sous la Royauté, qui déverse dans le Tibre les eaux usées de la métropole, complété sous la République par la Cloaca du Circus Maximus et la Cloaca du Champs de Mars. L’idée qui prévaut jusqu’au XIXe siècle est d’éloigner les effluents le plus rapidement possible des cités pour éviter les inondations et les épidémies. On ne parle pas encore de "traitement" pour les eaux usées.
Le Moyen-Âge n’ignore pas ces principes. L’abbaye de Royaumont par exemple, présente un ingénieux système d’évacuation de ses eaux usées : les latrines des moines sont construites au-dessus de la rivière. Les Hospices de Beaune utilisent également le courant du ruisseau sur lequel ils sont édifiés pour évacuer leurs effluents. L'abbaye de Cluny, est équipée d’un système d’égout perfectionné… Mais dans les grandes villes au développement plus anarchique, ces notions de salubrité sont souvent négligées. D’autant que les déjections ont une valeur économique. Elles sont vendues comme engrais ou "poudrette". D’autre part, l’urine en s’infiltrant dans la terre, vient se déposer sur le mur des caves sous forme de salpêtre qui est utilisé pour fabriquer de la poudre à canon. Les maisons disposent au mieux de latrines reliées à une fosse qui doit être régulièrement vidangée. Dans les quartiers bas, plus pauvres, elles font souvent défaut. S’ajoutant à cela l’absence générale d’égouts, les rues offrent le plus souvent un spectacle répugnant. Pourtant nombreux sont les observateurs qui établissent une relation entre les maladies et la mauvaise évacuation des eaux usées. Il faut cependant attendre 1843 pour voir apparaître en Allemagne, le premier réseau d’assainissement moderne. Il est créé à Hambourg à l’occasion de la reconstruction de la ville à la suite d’un incendie. En France, l’impulsion est donnée par Haussmann qui sous le Second Empire, entreprend d’équiper Paris d’un réseau complet d’égouts. Mais cette évolution pour le reste de la France est lente. En 1907, sur 616 villes de plus de 5 000 habitants, 294 n’ont pas de réseau d’égout. En 1960, 12 % seulement des Français sont reliés au tout-à-l’égout.
Quant au traitement des eaux usées lui-même, il connaît également d’importants progrès. À l’origine, les effluents sont souvent rejetés sans traitement dans la nature. Puis plus tard, ils sont épandus pour servir d’engrais. En 1940, la mise en service de la première tranche de la station d’Achères en région parisienne, utilisant les techniques des boues activées et du lit bactérien inaugure l’ère de la station d’épuration et des traitements plus rigoureux. Il faut néanmoins attendre les années 1960, pour que le programme d’installation des stations d’épuration prenne son essor. Entre temps, les eaux superficielles se sont fortement dégradées. La loi sur l’eau du 16 décembre 1964, en instituant les six agences de l’eau accélère l’action en faveur de la préservation des ressources, qui depuis n’a cessé de s’amplifier.
L'EXEMPLE DE PARIS
L’évolution de l’assainissement à Paris illustre bien les difficultés rencontrées par les grandes villes pour éliminer leurs effluents.
L'assainissement de Paris jusqu'au Second Empire
Très tôt, les rois tentent d’imposer des règles d’hygiène à la capitale. Philippe Auguste ordonne le pavement des rues et fait creuser une rigole en leur milieu afin d’éviter que les eaux ne stagnent. Celles-ci sont entraînées vers la Seine, la Bièvre ou encore les fossés qui entourent les fortifications. Une ordonnance de 1350 enjoint la population de faire ôter les boues de devant sa maison. En 1539, un édit de François 1er sur l’entretien des rues de Paris, oblige entre autres, les propriétaires à faire installer des fosses d’aisance pour chaque habitation et faire procéder à leur vidange régulière sous peine d’amende. Les rigoles creusées dans la chaussée ne doivent recueillir que l’eau de pluie et les eaux ménagères. Sous l’Ancien régime également, plusieurs égouts sont construits, toujours pour ne recevoir que ces dernières. Le premier, en 1374, va de la colline de Montmartre à Ménilmontant. En 1740, un ouvrage de plus de six kilomètres de long recueille les eaux usées du quartier du Marais. La situation n’est cependant guère satisfaisante, puisqu’ils sont souvent engorgés. Dans les rues où la pente est insuffisante, les habitants vivent dans un état d’insalubrité permanente, d’autant que les rigoles creusées dans la chaussée censées ne recueillir que l’eau de pluie et les eaux ménagères, drainent souvent les déjections alvines de riverains peu scrupuleux.
L'assainissement de Paris sous le Second Empire
Sous Louis-Philippe, on adopte la chaussée bombée dotée de caniveaux latéraux et on multiplie la construction d’égouts. Mais la situation sanitaire est probablement pire qu’avant la Révolution, puisqu’en 1853, à l’arrivée d’Haussmann à la Préfecture de la Seine, Paris a doublé sa population depuis 1789 et abrite plus d’un million d’habitants. La capitale Française est bien en retard par rapport à sa rivale anglaise, que l’Empereur considère à plusieurs égards comme le modèle de la cité moderne.
Les conceptions urbanistiques d’Haussmann, héritées de l’Antiquité coïncident en tout cas avec les aspirations de Napoléon III. Ainsi l’eau et l’assainissement n’échappent pas à leur grande entreprise de réorganisation de la Paris.
Appelé par le préfet en 1853, l’ingénieur Belgrand est chargé du programme de construction d’un réseau complet d’égouts - au moins un pour chaque rue -, selon des principes qui perdurent aujourd’hui.
À sa mort en 1878, le réseau atteint déjà 600 kilomètres. Il ne sera achevé qu’après la seconde guerre mondiale et atteindra alors plus de 2 000 kilomètres de long. C’est à ce moment que cessera définitivement l’activité des vidangeurs dans la capitale.
Parallèlement, un décret-loi de 1852, stipule que dans un délai de 10 ans "toute construction nouvelle dans une rue pourvue d’égouts devra être disposée de manière à y conduire ses eaux pluviales et ménagères" les matières de vidanges sont encore exclues de ces dispositions. Leur évacuation vers les égouts sera autorisée deux ans plus tard. Enfin, la loi du 10 juillet 1894 impose dans un délai de trois ans, le système du tout-à-l’égout à tous les propriétaires de Paris. À Marseille, cette disposition est en vigueur depuis 1891.
Les effluents parisiens sont alors acheminés par d’immenses collecteurs et déversés dans la Seine en aval. Mais ce flux nauséabond, en constante augmentation, entraîne les protestations des riverains. D’autres voix s’élèvent, mais pour regretter la perte d’un excellent fertilisant. En 1869, les ingénieurs Mille et Durand-Claye entreprennent des essais d’épandage dans la plaine de Gennevilliers qui s’avèrent concluants. Des terrains plus vastes, situés à Achères sont choisis pour pérenniser l’expérience. Le principe du traitement des eaux usées fait son chemin, mais il faut attendre 1935 pour que soit entreprise la construction d’une station d’épuration sur le site.
A lire aussi :
L'assainissement, aujourd'hui : l'assainissement collectif et individuel.
|